Exposition des photographies de Duje Jurić 

Parmi les nombreuses sensations urbaines qu’offre  la  mégapole, Duje Jurić, au gré de ses déambulations sur les boulevards, les avenues et les rues,  a choisi et capturé  grâce à la photographie,  le phénomène des graffitis parisiens comme un exemple significatif de la communication culturelle dans une société mise en réseau et baignée par la culture médiatique. 

Pour Jurić, les graffitis ne sont pas le signe d’un primitivisme artistique. Ils s’inscrivent dans  la recherche d’identité de centaines d’amateurs engagés dans cette pratique et viennent promouvoir  les valeurs que ces jeunes défendent.

Jurić  souligne ainsi que les graffeurs sont les représentants d’une nouvelle culture. Ils appartiennent à une génération en révolte  qui résiste en exprimant sa quête identitaire, en affirmant son existence individuelle à travers des codes et des messages cachés,  tout en espérant que le reste de la société comprendra  ses valeurs, son comportement et sa manière de vivre.

Les messages des graffitis parisiens sont uniques en ce sens que Paris est une métropole multiethnique et multiculturelle. Cependant,  Jurić ne se concentre pas sur la sémantique des graffitis. Il explore la visualité singulière, puissante, esthétique de ces digressions intrusives qu’on trouve sur les façades, les murs, les stores, et qui apportent une contribution significative au caractère pittoresque de la cité urbaine.

Le message des graffeurs peint sur un minivan n’est plus statique, mais réceptif, il circule en permanence sur quatre roues dans le paysage urbain. Les passants recueillent et retiennent son contenu, sa sémantique, son message et son esthétique.

Sur chaque véhicule de livraison le graffeur dessine un logo –probablement son nom –et les graffitis d’autres graffeurs viennent souvent se rajouter spontanément , rendant le message sémantiquement plus complexe.

Les auteurs des graffitis sont pour la plupart des individus jeunes, rebelles, créatifs,  souvent marginaux qui utilisent leurs capacités artistiques pour exprimer leur propre opinion, leur personnalité et leur talent.  On pourrait alors penser qu’un tel engagement resterait subculturel.  Or, comment expliquer ce nombre incroyable de graffitis sur les camionnettes ? En constatant que dans la cité parisienne pas un seul véhicule de livraison n’est épargné par les graffitis,  Jurić met en évidence le dilemme : s’agit-il de la persévérance d’un seul graffeur, d’un groupe de graffeurs ou d’un projet sagement conçu par la mairie qui multiple ainsi les phénomènes polémiques qui font de Paris une destination touristique toujours aussi séduisante ?

                                                                                                      Ivica Župan